Né en 1882 dans une famille riche, puissante et influente dans le monde de la politique, Franklin Delano Roosevelt était le neveu de Théodore Roosevelt, président des États-Unis de 1901 à 1909. Il fit ses études à Harvard et à Columbia, avant de voyager en Europe, où il apprit le français et l'allemand, qu'il parlait couramment. Il se maria en 1905 avec Eleanor Roosevelt, un autre membre du clan, avec laquelle il eut six enfants. Il entra en politique dans les rangs du Parti démocrate en 1910, lorsqu'il fut élu sénateur. Dès 1913, et plus particulièrement après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, il entretint des rapports étroits avec l'armée, s'imposant comme un défenseur des innovations telles que le sous-marin dans le domaine de l'armement. Il fit la connaissance de
Winston Churchill lors d'une mission d'inspection des forces américaines en Europe en 1918, et les deux hommes se lièrent d'amitié. En marge d'une vie politique prospère et paisible, ce coureur de jupons menait une vie personnelle agitée. Lorsque sa femme eut connaissance de ses nombreuses infidélités, elle voulut demander le divorce, mais la mère de Roosevelt intervint. Le couple décida finalement de sauver les apparences afin d'épargner la carrière de l'homme politique. Ils vécurent séparés de fait à partir de 1918 mais entretinrent toujours un rapport cordial. Un autre événement inattendu affecta la carrière du président : En 1921, il souffrit d'une paralysie définitive de ses membres inférieurs, attribuée à une poliomyélite. Dès lors, il ne se déplaça plus qu'à l'aide de béquilles ou sur une chaise roulante. Craignant que la maladie ne l'éloigne de la vie politique et ne lui fasse perdre l'appui de ses électeurs, il mentit en annonçant qu'il était guéri, évitant autant que possible d'être photographié en chaise roulante ou avec ses béquilles. De retour sur la scène politique en 1928, il fut élu gouverneur de l'État de New York. Ses promesses de reprise économique après le krach de 1929 et la Grande Dépression qui s'ensuivit le conduisirent à la présidence en 1932. Il mit alors en œuvre le NewDeal, un programme économique et social visant principalement à réduire le chômage et à relancer l'économie américaine. À cette époque, la thèse isolationniste et le principe de neutralité face aux conflits menés en dehors du continent américain étaient fermement enracinés dans la société. Les hommes politiques reprenaient à l'envi le slogan populaire « L'Amérique d'abord », consacré par le Neutra-lity Ad, la loi de neutralité de 1935 qui interdisait la vente d'armes aux pays belligérants. En janvier 1937, elle fut élargie aux guerres civiles de manière à inclure l'Espagne dans la liste des pays belligérants. Dans un tel contexte, l'accession au pouvoir d'
Hitler, bien loin de provoquer un rejet ouvert, suscita à peine l'intérêt, comme dans le cas de
Mussolini quelque temps auparavant. En réponse à l'indifférence de l'opinion, Roosevelt fut réélu en brandissant notamment l'argument qu'aucun jeune Américain ne verserait son sang en Europe. Soucieux de la tournure que les événements risquaient de prendre, il encouragea néanmoins l'augmentation du budget militaire à la fin des années 1930. L'intensification d'un expansionnisme japonais belliqueux et l'alignement du pays sur les puissances fascistes européennes l'alarmèrent tout particulièrement. Les colonies britanniques et françaises en Asie et surtout la domination des États-Unis sur les Philippines s'en voyaient menacées. Il profita alors du fait que la guerre entre le Japon et la Chine n'était pas ouvertement déclarée pour offrir son aide à la Chine, en contournant la loi de neutralité. Roosevelt dans la guerre L'invasion de la Pologne n'affecta pas l'opinion publique américaine, mais Roosevelt comprit que le destin de la France et de la Grande-Bretagne dépendait en partie des États-Unis et que le Japon, véritable menace pour l'expansion économique américaine dans le Pacifique, pourrait en tirer parti. En novembre 1939, le président fit donc pression pour assouplir la loi et rendre possible la vente d'armes et de matériel de guerre à la seule condition que les Français et les Britanniques payent comptant lorsqu'ils ne pouvaient fournir les moyens de transport. L'été 1940 constitua un tournant. La victoire fulgurante remportée par les nazis sur le front occidental permit au Japon d'organiser l'
invasion de l'Indochine française en septembre pour prendre le contrôle du golfe du Tonkin et intensifier le conflit avec la Chine. Les Japonais en profitèrent également pour signer le pacte tripartite avec l'Allemagne et l'Italie. Conscient que la guerre devenait inévitable, du moins contre le Japon, Roosevelt souhaitait auparavant faire changer l'opinion publique américaine. Par une série d'actions que beaucoup jugèrent être une provocation, le Sénat tira parti du fait que l'accord commercial avec le Japon avait expiré en janvier 1940 pour suspendre, à la demande du président, l'envoi de carburant pour les avions en juillet, de fer en octobre et enfin de pétrole en juillet 1941. Les Chambres votèrent le gel de tous les fonds et investissements japonais aux États-Unis, de même que la fermeture du canal de Panama aux navires japonais. Pour chacune de ces mesures, le président américain reçut l'appui des Britanniques et du gouvernement des Pays-Bas en exil. Ces deux pays, de même que tous les autres membres du Common-wealth, mirent fin à leurs relations commerciales avec le Japon. Les Pays-Bas en particulier craignaient qu'après l'Indochine française ce ne soit au tour des Indes hollandaises d'être envahies, alors que la métropole était déjà occupée par les nazis. Économiquement asphyxié par de telles dispositions, le Japon se vit obligé de remettre en question sa politique expansionniste sur le continent asiatique aux dépens de la Chine. Pour éviter d'en venir à de telles extrémités, il ne lui resta plus d'autre option que d'entrer en guerre afin de s'approprier par la force les matières premières qui lui étaient refusées. En septembre 1940, face à l'intensification de la menace japonaise, Roosevelt demanda au Congrès d'approuver la première loi de conscription obligatoire en temps de paix de l'histoire des États-Unis, et 1,2 million d'hommes intégrèrent bientôt les forces armées. Ces nombreux éléments ont amené certains historiens à spéculer sur la volonté de Roosevelt de pousser le Japon à déclencher les hostilités, afin de disposer d'une excuse devant l'opinion publique pour entrer en guerre et en finir avec la menace nippone dans le Pacifique. En cette année de grande tension, il fut réélu pour réaliser un troisième mandat présidentiel, une grande première dans l'histoire des États-Unis. Parmi les nombreuses mesures engagées cette année-là, figure notamment l'allocation de 12 000 millions de dollars pour financer la création de plus de 2 millions d'emplois dans l'industrie de l'armement, ce qui contribua grandement à réduire le fort taux de chômage hérité de la Grande Dépression. Une fois la France vaincue, l'aide à la Grande-Bretagne s'intensifia en 1941. Les États-Unis acceptèrent d'entraîner des pilotes de la Royal Air Force et de réparer les navires britanniques dans leurs chantiers navals. Un pas encore plus décisif fut franchi avec le vote de la loi du prêt-bail en mars 1941 : il permettait au président de vendre, de céder, de louer ou de prêter n'importe quel moyen ou article de défense aux gouvernements britannique et français. La loi s'étendit ensuite à la Chine, puis a l'Union soviétique après l'invasion allemande. Un mois après cette attaque, Roosevelt et Churchill se réunirent à bord de l'USS Augusta, au milieu de l'Atlantique. Le sixième point de la résolution qui découla de cette entrevue déclare : « Après la destruction finale de la tyrannie nazie, ils espèrent voir s'établir une paix qui permettra à toutes les nations de demeurer en sécurité à l'intérieur de leurs propres frontières et garantira à tous les hommes de tous les pays une existence affranchie de la crainte et du besoin. » Un état de guerre, latent et encore officieux, existait désormais entre l'Allemagne et les États-Unis. Après la signature de la charte, les Britanniques commencèrent à disposer d'un crédit illimité et la flotte américaine se mit à escorter une grande partie de leurs convois. Par souci de la forme, ses navires naviguaient cependant sous pavillon canadien ou britannique. En échange de ces navires, Roosevelt obtint la permission de Churchill de construire des bases militaires dans les Caraïbes, à Terre-Neuve et dans d'autres enclaves. En vertu de la loi du prêt-bail, tout au long de la guerre, les États-Unis exportèrent du matériel pour une valeur estimée à plus de 50 000 millions de dollars de l'époque, dont 65 % étaient destinés à la Grande-Bretagne. Le 8 décembre 1941, le lendemain de l'attaque japonaise sur Pearl Harbor, la radio transmit en direct de la Maison Blanche le discours que Roosevelt prononça devant le Congrès pour que les États-Unis déclarent la guerre au Japon. Les 82 sénateurs votèrent la déclaration de guerre, et seul un des 382 représentants s'y opposa. Roosevelt signa la déclaration officielle de guerre le jour même à 16 h. Cet acte fort marqua la fin de l'isolationnisme qui prédominait jusqu'alors sur la scène politique américaine. Après vingt-trois années de paix, les États-Unis entraient de nouveau en guerre. En décembre 1941, l'industrie de guerre américaine ne fonctionnait pas à plein régime, mais elle était en revanche parfaitement huilée. L'agression obtint l'effet attendu par Roosevelt: l'opinion publique américaine changea du tout au tout, et renonça du jour au lendemain à l'isolationnisme. Une véritable haine du Japon s'empara du pays. Plus de 100 000 immigrés d'origine japonaise furent privés de leurs droits et confinés dans des camps jusqu'à la fin de la guerre. Avec la déclaration de guerre d'Hitler aux États-Unis, l'Allemagne étendit le conflit à la planète entière et s'imposa comme la grande superpuissance après son ennemi. En quelques mois seulement, les Américains parvinrent à retourner complètement la situation dans le Pacifique, puis en Europe un peu plus tardivement. En 1944, Roosevelt fut réélu pour un quatrième mandat, une situation totalement inédite dans l'histoire des États-Unis. Pendant toute la durée du conflit, Roosevelt entretint des contacts très actifs avec ses homologues alliés, aussi bien pour assurer la coordination des efforts de guerre que pour asseoir les bases d'une paix future, comme en témoignent les nombreuses conférences auxquelles il participa (Atlantique, Casablanca, Téhéran, Le Caire et Yalta). Il fut l'un des principaux instigateurs de la création de l'Organisation des Nations unies (ONU) comme moyen de préserver la paix mondiale. En février 1945, la réunion tenue à Yalta fut sans nul doute la plus célèbre des conférences auxquelles il assista. Ce fut également la dernière. Son état de santé s'était considérablement détérioré du fait d'un cancer du cerveau, et son discernement s'en voyait affecté. L'ingénuité et la maladresse dont il fit preuve face à Staline, auquel il ne parvint à soutirer aucune concession, n'échappèrent à personne. Deux mois plus tard, il s'effondra sur sa table de travail, victime d'une hémorragie cérébrale. Son ancienne maîtresse Lucy Mercer, qu'il avait connue en 1913, se trouvait à ses côtés. Une question subsiste néanmoins : Roosevelt aurait-il autorisé l'emploi de la bombe atomique, comme le fit son successeur Harry Truman ? Bibliographie Bernard Michal, "Roosevelt, du New Deal à Yalta", Genève, Famot, 1974, Claude Fohlen, "L'Amérique de Roosevelt", Paris, Imprimerie nationale, 1982, Sabine Forero-Mendoza, "Franklin Roosevelt", Paris, Hatier, 2002,
Une des rares photos de Roosevelt en fauteuil roulant.
Avec Churchill sur l'USS Augusta
Signant la déclaration de guerre contre l'Allemagne
conférence de Yalta fév 1945
Funérailles 1945
Armées BataillesCESEGUMO C entre d' E tudes sur la SE conde GU erre MO ndiale
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